Notre-Dame de Lure
Découvrez l’ordre de Chalais et l’historique de l’Abbaye
L’ordre de Chalais
Le XIIe siècle fut une période de développement intense du monarchisme. En réaction contre la puissance, des ordres bénédictins et clunisiens ont souhaité un retour à la solitude et à une vie contemplative stricte accompagnée de travail manuel : construction, élevage des moutons, exploitation de la forêt…
Ainsi fut fondé l’Ordre monastique de Chalais dont l’existence éphémère, oubliée par l’histoire, ne fut redécouverte qu’au XXe siècle. Originaire du département de l’Isère, cet ordre est créé par une poignée d’hommes, accompagnés de l’évêque de Grenoble, Hugues de Châteauneuf. Ils s’installent sur une terrasse dominant la vallée de l’Isère où ils construisent l’abbaye de Chalais en 1124. En 1130 une autre communauté menée par l’abbé Jean de Chalais élève Notre-Dame de Boscodon.
Guigues de Revel, figure montagnarde de l’ordre, premier abbé de Boscodon, essaima à son tour l’ordre monastique dans le Sud-Est de la France. Maître spirituel et constructeur, il édifia deux monastères, ceux de Prads et de Lure dont il fut également le premier abbé, puis nommé évêque de Digne en 1184, il construisit la cathédrale.
Partis de la même inspiration et voués à la pratique de la même règle que les moines cisterciens, les moines chalaisiens ont des conditions de vie encore plus dures, des effectifs et des ressources faibles. Ils firent leurs propres expériences et poussèrent encore plus loin la sobriété et le dépouillement dans leurs constructions. De vocation pastorale et forestière, l’ordre de Chalais comptait de nombreux monastères :
- Abbaye d’Albeval ou Aubevaux (Vinay puis Beaulieu dans l’Isère)
- Abbaye d’Almeval
- Abbaye Notre-Dame de Boscodon (Hautes-Alpes)
- Abbaye Notre-Dame de Chalais à 940m d’altitude (Voreppe, Isère) aujourd’hui occupée par des moniales dominicaines
- Abbaye de Clairecombe (Ribiers, Hautes-Alpes)
- Abbaye de Clausonne (Le Saix, Hautes-Alpes)
- Abbaye de Laverq, ex-Prieuré (Meolans-Revel, Alpes de Haute Provence)
- Abbaye Notre-Dame de Lure (Saint-Étienne-les-Orgues, Alpes de Haute Provence)
- Abbaye de Prads (Prads-Haute-Bléone, Alpes de Haute Provence)
- Abbaye Sainte-Marie de Pierredon (Saint-Rémy de Provence, Bouches du Rhône)
- Abbaye de Valbonne (Valbonne, Alpes-Maritimes)
- Prieuré Saint-Maurice (Valserres –Hautes-Alpes)
Sept de ces abbayes sont en pleine montagne à plus de 1000 mètres d’altitude, d’où la vocation montagnarde de l’ordre.
De racine dauphinoise et provençale, ces fondations virent le jour en 60 ans. À la fin du XIIe siècle, le mouvement, né en même temps que Cîteaux et la Grande Chartreuse, perdit de sa vigueur.
En 1303, les monastères de Cîteaux couvraient la France entière et l’Europe. Seules deux abbayes de l’ordre chalaisien se maintinrent jusqu’aux guerres de religion : Chalais, devenue une abbaye en 1124 et Boscodon.
Les implantations des abbayes et prieurés permirent de développer la transhumance des ovins, d’établir des relais. Ainsi, l’abbaye de Pierredon à Arles avait pour but la transhumance des ovins du secteur dauphinois et provençal pour éviter de payer l’octroi, la taxe de passage, du seigneur Guillaume de Montmirail à Boscodon.

Découvrez les chemins chalaisiens grâce à l’Itinéraire Touristique des Abbayes Chalaisiennes (ITAC). Le projet ITAC propose plusieurs chemins de réflexions, de méditations et de découvertes. Ils valorisent les sites monastiques chalaisiens et du terroir rural.
Notre association fait également partie de L’union des Amis des Sites Chalaisiens (UNASIC), qui a été créée en 2007. Le regroupement des associations de toutes les abbayes chalaisiennes s’est fait en 2023 sous forme de fédération. Elle compte aujourd’hui sept associations,reparties sur quatre communes. Un travail important est effectué pour la mise en valeur et la reconnaissance historique des sites chalaisiens.
Abbaye Notre-Dame de Lure
L’abbaye Notre-Dame de Lure se distingue des autres abbatiales par ses modestes dimensions, les bras du transept et par l’existence, sur la gauche, d’un faux collatéral construit peu après l’édifice principal, un faux collatéral qui pourrait être l’habitation des moines.
L’abbaye Notre-Dame de Lure est située au milieu des forêts qui s’étendent au nord de Saint-Étienne-les-Orgues, elle occupe l’emplacement de l’oratoire où un pieux anachorète appelé Saint-Donat se rendait pour prier (490-522). Peu de temps après la mort de Saint-Donat furent édifiés à la mémoire des religieux qui s’y installèrent, une chapelle et un monastère que les Sarrazins détruisirent de fond en comble vers l’année 950.
L’abbaye Notre-Dame de Lure, fondée en 1110 comptait au XIIIe siècle vingt religieux et possédait à Saint-Étienne-les-Orgues les forêts voisines de l’abbaye ainsi que l’important cellier de l’Abadie. Le pape Jean XXII unit l’abbaye Notre-Dame de Lure au chapitre d’Avignon. Par la suite, le titre d’abbé de Lure fut souvent accordé à des chanoines de l’église de Sisteron. En 1562-1598, un incendie fut allumé par les protestants pendant la guerre de religion, qui détruisit les bâtiments de l’abbaye. Tous les titres de propriété qui y étaient déposés disparurent dans les flammes. L’abbaye Notre-Dame de Lure fut réédifiée en 1636 par les soins de la municipalité de Saint-Étienne-les-Orgues. De nombreux travaux de gros œuvre furent entrepris par maître Étienne Conil, maçon du village, et Jean-Luc Jehan, chevalier maître maçon de Mane (20 ans de travaux). Quant au cloître qui était situé sur le plateau, on le remplaça à la même époque par une construction très modeste, appelée l’ermitage. Après ces travaux, les pèlerinages redevinrent nombreux. L’ermitage fut restauré en 1656.
XVIIIe siècle
En 1789, une troupe de révolutionnaires profana l’abbaye Notre-Dame de Lure et la dépouilla de tous ses ornements, elle fut déclarée propriété nationale. En 1790, des biens furent confisqués. Sous la Terreur, les sans-culottes interdirent les pèlerinages, vandalisèrent le bâtiment, mutilant les statues de la Vierge, brûlant les ex-voto, tableaux, etc. Les cloches et les vases sacrés furent portés au chef-lieu du district pour être vendus au profit de la nation.
La Vierge en bois du XVIIIe siècle fut sauvée par le gardien de Lure, cachée dans la montagne. Des messes furent célébrées discrètement durant cette période troublée, un nouveau nom de village fut imposé : Montlure.
Le 14 avril 1791, l’abbaye Notre-Dame de Lure fut vendue à Digne aux enchères publiques avec les forêts voisines (réf. M. Isnard, archiviste en chef des Basses Alpes). La commune de Saint-Étienne-les-Orgues, acheta ces immeubles et terres pour 3800 livres par l’intermédiaire de M. Jacques Tardieu. M. Claude Rouchon paya 14200 livres l’important domaine de Labadie, où se trouve le cellier de l’abbaye Notre-Dame de Lure.
XIXe – Aujourd’hui
En 1824, le site de l’abbaye Notre-Dame de Lure est rénové, 22 tilleuls sont plantés. En 1828, l’ermitage est réparé, en 1879 le clocheton et la cloche sont réinstallés, offerts par les pénitents de Reillanne. Les six ex-voto furent répertoriés par le ministère de la Culture au patrimoine national le 29 janvier 1990. Ces ex-voto sont actuellement conservés à la mairie de Saint-Étienne-les-Orgues.
Le porche d’entrée et celui de l’oculus ont été rénovés, la restauration fut reprise de 1975 à 2006. Le cellier de l’abbaye Notre-Dame de Lure situé au village daterait du XIIIe voire du XIe siècle. Il subvenait aux besoins alimentaires des moines. Non loin d’une source et d’une vaste étendue de terre de culture maraîchère, il devint un relais sur la route des abbayes chalaisiennes. Ce cellier est aujourd’hui une propriété privée.
Restauration de l’abbaye
L’abbaye Notre-Dame de Lure est classée au Patrimoine National des Monuments historiques depuis 1981. Pour autant, l’édifice est menacé d’effondrement par la vétusté des murs et la lourdeur de sa toiture en pierres. Un projet de restauration a été mis en place par les municipalités précédentes qui n’a toujours pas abouti à ce jour. La nouvelle Association de Sauvegarde de l’Abbaye Notre-Dame de Lure et du Patrimoine de Saint-Étienne-les-Orgues, que nous avons créée en mai 2021, a pour objectif de soutenir ce projet avec l’ensemble des Stéphanois et tous ceux qui ont à cœur de sauvegarder ce bel ouvrage de la Montagne de Lure.
Un autre projet sur le site de l’abbaye: l’ermitage
L’ermitage est une dépendance de l’abbaye de Notre-Dame de Lure. La partie la plus ancienne, constituée du sous-sol voûté, remonte au XIIIe siècle et présente des volumes caractéristiques de l’architecture chalaisienne. Le bâtiment fut abandonné et laissé en ruines au XVe siècle, avant d’être reconstruit au XVIIIe siècle. La partie visible aujourd’hui correspond essentiellement à cette reconstruction.
Cet édifice nécessite aujourd’hui une restauration. Celle-ci pourrait intervenir dans un second temps, après les travaux de restauration de Notre-Dame de Lure, afin d’assurer la sécurité et la mise en valeur du site.
Le projet envisagé comprendrait un logement de gardiennage, l’accueil possible d’une petite communauté religieuse (candidature de moines proposée par l’évêque de Digne, Monseigneur Emmanuel Gobilliard), ainsi qu’un gîte pour les randonneurs empruntant le circuit ITAC.

Le président:
